Législation du poker en ligne : ce qu’elle a vraiment changé pour les joueurs

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L’enfer est pavé de bonnes intentions : alors que la législation du poker en ligne Français était censée apporter une véritable protection aux joueurs, ceux-ci ont finalement vu leur pratique dégradée et de moins en moins attractive. Décryptage.

Législation Poker en Ligne

Une offre de jeu réduite

L’hécatombe des sites légaux

Avant 2010, les joueurs pouvaient jouer sur les sites étrangers, soit une offre quasi illimitée. De cette profusion d’opérateurs, nous sommes tombés à environ 25 en 2010 : c’est le nombre de licences accordées par l’ARJEL (Autorité de Régulation des Jeux En Ligne). En 2015, le choix se limite à 10 sites légaux :

Réseau iPoker :

Réseau PartyGaming :

Indépendants :

Cette offre variée sur le papier cache le fait que les 2 leaders Winamax et Pokerstars concentrent à eux seuls 75 % des mises. Les autres se rattrapent sur les paris sportifs, fusionnent ou ferment tout simplement.

Cette tendance inquiétante risque de ne pas s’arrêter : en effet, la baisse globale des mises  et du nombre de joueurs conduiront ces derniers à se regrouper de plus en plus dans les salles importantes, où ils trouveront plus de tables ouvertes, plus de tournois et des cagnottes plus attractives.

PKR, opérateur fermé

PKR, seul site Français à proposer une interface 3D, a fermé le 22 juillet 2015

Seulement 2 variantes autorisées

Depuis la nouvelle législation, seules 2 variantes du poker sont autorisées sur Internet sur une vingtaine existantes :

  • Texas Hold’em (limit, pot-limit et no-limit)
  • Omaha (seulement limit et pot-limit)

Malheureusement, l’offre légale Française ne permet donc pas de jouer au Stud, au 5 Card Omaha ou encore au Courchevel en argent réel. Certaines rooms, comme Pokerstars, proposent néanmoins ces variantes sur des tables en argent virtuel.

Sites illégaux : ce que vous risquez réellement

En France, vous ne risquez aucune sanction juridique lorsque vous jouez sur un site illégal. De ce fait, beaucoup de joueurs continuent à jouer sur les réseaux du .com en utilisant diverses techniques qui permettent de contourner le blocage des fournisseurs d’accès à internet : utilisation d’un VPN, d’un proxy, domiciliation à l’étranger…

Néanmoins, même si vous ne ferez pas l’objet de poursuites pénales, jouer sur un site non agréé par l’ARJEL vous expose à d’autres types de risques :

  • Absence de protection en cas de litige (notamment en cas de non-paiement des gains)
  • Absence de mesures de lutte contre l’addiction
  • Risque d’être victime de tricherie
  • Risque de voir son compte fermé sans remboursement

Le principal danger porte donc sur la sécurité et la sincérité des opérations de jeu : de ce point de vue, la régulation Française a le mérite d’offrir un cadre rassurant pour jouer.

L’ARJEL avait d’ailleurs lancé en 2014 un spot publicitaire pour sensibiliser les joueurs aux risques de l’offre illégale :

Moins d’argent à gagner

Fin du partage des liquidités

La véritable raison du déclin progressif de l’offre légale de poker en France tient surtout dans la fin du partage des liquidités, conséquence directe de la nouvelle législation.

Le principe est simple : avant la régulation, les français pouvaient jouer contre des joueurs du monde entier. Aujourd’hui, seules les personnes résidant en France sont autorisées à accéder aux réseaux de poker de l’Hexagone : les Français sont condamnés à jouer seulement entre eux.

Cela a plusieurs conséquences :

  • Moins d’argent en jeu
  • Des cagnottes moins attractives
  • Plus d’attente dans les Sits’N’Go
  • Des tables qui peinent à se remplir à certaines heures

La conclusion globale est qu’il y a moins d’argent à gagner pour ceux pour qui le poker est plus qu’un simple loisir occasionnel, ceux-là même qui finissent généralement par se rabattre vers l’offre illégale.

Augmentation du rake

Sous couvert de protection des joueurs, la régulation a surtout été pour l’Etat une opération de fiscalisation du secteur : les sites agréés sont désormais soumis à une imposition plus importante qu’à l’étranger, qu’ils répercutent directement sur les rakes.

En règle générale, les rakes sont 2 fois plus élevés sur les sites autorisés en France que sur les sites en .com.

De plus, la plupart des sites Français compensent une fiscalité trop lourde en n’appliquant pas la règle du « no flop no drop », qui stipule qu’aucune main pré-flop ne devrait être soumise au rake. 888Poker et 200%Poker avaient tenté de la respecter, mais ils ont fermé faute de rentabilité…

En outre, les fameux programmes de rakeback sont biaisés par rapport à ceux de la plupart des rooms étrangères. Le pourcentage que vous récupérerez grâce aux programmes VIP ne concerne que le rake effectivement perçu par la salle et non celui correspondant à la taxation de l’Etat. Pour les joueurs avertis, cela creuse encore plus l’écart avec l’étranger et les incite à rejoindre l’offre du .com.

Poker : les joueurs plumés par le rake ?

Baisse des mises en cash game

Ce point est directement lié au précédent : à cause de l’augmentation du rake, le cash game est devenu moins intéressant. Mieux vaut s’acquitter des taxes en une seule fois lors de l’achat d’une place de tournoi, plutôt que de raker à chaque main en cash game.

Du 1er trimestre 2014 au 1er trimestre 2015, les mises dans ce mode de jeu ont ainsi baissé de 15 % selon l’analyse trimestrielle de l’ARJEL.

Une régulation Européenne en perspective ?

Il faut se rendre à l’évidence : la France abrite une trop petite masse de joueurs pour le nombre actuel de sites de poker en ligne, pourtant déjà bien plus faible qu’il y a quelques années.

Alors que la « mode » suscitée par la régulation de 2010 s’essouffle peu à peu, le seul espoir d’augmentation du nombre de comptes actifs pourrait venir d’une mise en commun des masses de plusieurs pays.

On peut imaginer que cela soit permis à l’avenir dans le cadre d’une harmonisation des différentes réglementations Européennes, ce qui permettrait aux Français de jouer contre des Italiens, Espagnols, etc. Les bénéfices seraient évidents : plus de joueurs, donc plus de liquidités, des prizepools plus attractifs, moins d’attente aux tables, etc.

Un amendement à la loi avait déjà été présenté à l’assemblée nationale fin décembre 2013, mais avait été rejeté. Mais le débat sur le partage des liquidités entre pays européens ayant régulé le poker en ligne a été depuis relancé par l’ARJEL. Il pourrait finalement aboutir dans la nouvelle loi numérique portée par Axelle Lemaire dont on sait d’ores-et-déjà qu’elle comprendra un volet sur les jeux en ligne.

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Numa

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